Le 10 juillet 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu le permis de construire d’un centre de données dédié à l’intelligence artificielle, prévu à Alixan dans la Drôme. En cause : l’absence d’étude d’impact environnemental préalable, alors que les caractéristiques du projet rendaient cette évaluation nécessaire.
Cette décision rappelle que les besoins énergétiques d’un projet industriel et les installations nécessaires à son fonctionnement doivent être pris en compte pour déterminer les obligations environnementales applicables.
Une puissance électrique supérieure à 60 MW
Le projet, porté par la société Sesterce Group, prévoit la création d’un « Computer Center » destiné à l’intelligence artificielle. À terme, sa puissance électrique nécessaire dépasserait 60 mégawatts (MW).
Pour assurer la continuité de fonctionnement en cas de défaillance de l’alimentation électrique, le site doit également être équipé de groupes électrogènes de secours. Leur puissance thermique nominale serait supérieure à la puissance électrique nécessaire au projet, en raison des pertes d’énergie liées à leur fonctionnement.
Or, les installations de combustion dont la puissance thermique nominale atteint ou dépasse 50 MW relèvent de la rubrique 3110 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et sont soumises à autorisation.
Cette catégorie d’installations est également soumise à évaluation environnementale. Le juge a donc considéré que le projet aurait dû faire l’objet d’une étude d’impact avant la délivrance du permis de construire.
L’absence d’étude d’impact conduit à la suspension du permis
Saisi en référé, le tribunal administratif de Grenoble a estimé que compte tenu des caractéristiques du projet, une étude d’impact environnemental était nécessaire. En son absence l’exécution du permis de construire a été suspendue sur le fondement de l’article L. 122-2 du Code de l’environnement.
Cette étude vise à identifier et à évaluer les effets potentiels d’un projet sur l’environnement, notamment sur les milieux naturels, les ressources, les nuisances, les émissions et les risques. Elle contribue aussi à éclairer la décision de l’administration et l’information du public avant l’autorisation du projet.
La décision ne porte donc pas uniquement sur les caractéristiques du bâtiment : elle prend en compte les équipements indispensables à son fonctionnement et les conséquences environnementales susceptibles d’en découler.
Un doute également soulevé au regard des règles d’urbanisme
Le juge des référés a également relevé un second point de difficulté : la compatibilité du projet avec le règlement du plan local d’urbanisme (PLU).
Le règlement de la zone concernée interdit notamment les ICPE soumises à autorisation ainsi que certaines constructions industrielles susceptibles de présenter des risques ou des nuisances.
En l’état de l’instruction, cet argument a été considéré comme propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire. Il constitue ainsi un motif supplémentaire justifiant sa suspension.
Quels enseignements pour les porteurs de projets ICPE ?
Cette décision souligne l’importance d’examiner les caractéristiques d’un projet dans leur ensemble, y compris les équipements annexes nécessaires à son exploitation.
Pour les porteurs de projets industriels, plusieurs points de vigilance se dégagent :
- Évaluer les besoins énergétiques du projet, en tenant compte de son fonctionnement à terme et des équipements de secours.
- Vérifier la nomenclature ICPE applicable, notamment lorsque des installations de combustion sont nécessaires.
- Déterminer si une évaluation environnementale est requise et s’assurer qu’elle intervient au stade approprié de la procédure.
- Vérifier la compatibilité du projet avec le PLU, en particulier lorsque les installations nécessaires relèvent du régime de l’autorisation ICPE.
La suspension prononcée par le tribunal administratif de Grenoble est une mesure provisoire, dans l’attente du jugement sur le fond du recours. Elle ne constitue donc pas, à elle seule, une annulation définitive du permis de construire.
Pour les exploitants et les porteurs de projets, anticiper les exigences environnementales et urbanistiques dès la conception reste essentiel pour sécuriser les démarches d’autorisation.






